Les Droits de l’Enfant et la Société de l’information, colloque international

Tunis, 14-15 janvier 2005

Discours prononcé par Jean-Michel Delmotte, Représentant de l’UNICEF en Tunisie à l’occasion du Colloque international « Les Droits de l’Enfant et la Société de l’information ».
Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,
Eminents Collègues,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
Permettez-moi tout d’abord de féliciter l’ATUDE pour l’organisation de ce colloque qui réunit des partenaires nationaux et internationaux sur un thème éminemment important. Permettez-moi ensuite de dire quelques mots sur les fondements de nos actions, communes et respectives, en faveur de l’enfant : ses droits. Un des quatre piliers fondateurs de la convention sur les droits de l’enfant est le respect des opinions de l’enfant (article 13) : quand il s’agit de lui, de ses droits et de ses devoirs, l’enfant doit être entendu et, corollaire important, sa participation aux processus décisionnels qui le concernent doit être organisée.

C’est d’ailleurs là un postulat de travail essentiel pour l’UNICEF : créer les conditions qui vont permettre à l’enfant de participer pleinement à la vie sociale et communautaire ainsi qu’à l’élaboration des politiques qui influencent son existence.

Associé à l’article 17 (Accès à l’information), l’article 13 fondent les travaux de cet atelier de travail en visant à mobiliser et à mettre en oeuvre les moyens de donner la parole aux enfants, aux adolescents, aux jeunes. Les technologies de l’information ont un rôle à jouer, elles sont les outils de la participation des jeunes. Mais elles ne sont qu’un moyen, pas une fin. La connectivité permet d’accéder à l’information, aux connaissances, aux forums de discussion…. En ce sens elle contribue à encourager la participation des enfants et de jeunes.

Permettez-moi de mentionner, et ce sera ma modeste contribution à vos débats, quelques propositions de stratégies qui émergent d’une réflexion menée au sein de l’UNICEF et du Comité international des droits de l’enfant.

Eduquer aux médias, y compris à la TV et à l’internet : les écoles, à tous les niveaux, devraient diffuser des connaissances sur les médias, leur impact et leur fonctionnement. Les élèves devraient pouvoir aborder les médias et les utiliser de manière participative et apprendre à décoder leurs messages, y compris dans le domaine publicitaire.

Négocier des accords constructifs avec des entreprises de l’industrie des technologies de l’information pour protéger les enfants des influences néfastes: à partir des leçons apprises des divers accords avec des entreprises du domaine de l’information sur des actions positives, développer des réponses adaptées. Comme la décision de certains média et réseaux de ne pas diffuser de programmes violents à certaines heures, ou la présentation claire du contenu des programmes avant leur diffusion et la mise au point de systèmes techniques, tels que les puces antiviolence, pour aider les consommateurs à empêcher l’accès à certains types de programmes. De la même façon, il conviendrait de développer des expériences relatives à l’introduction spontanée de normes et de mécanismes pour les faire respecter et notamment des codes de bonne conduite, directives professionnelles, conseils de presse, conseils de diffusion, médiateurs de presse et organismes analogues.

Renforcer l’implication des parents sur le marché des médias et des technologies de l’information: les gouvernements devraient engager un débat national sur les moyens d’encourager la recherche de solutions positives pour contrecarrer les tendances négatives des nouvelles technologies, d’inciter à une meilleure connaissance des médias et d’aider les parents dans leur rôle de guides auprès de leurs enfants en ce qui concerne l’internet, les réseaux informatiques et les autres médias. Le rôle des parents s’entend alors au sein d’un dialogue constructif avec les enfants : que l’interdiction, si interdiction il y a, soit motivée et expliquée.

Encourager et soutenir les medias et les forum de jeunes et d’enfants sur Internet: les programmes comme «La voix des jeunes», lancé par l’UNICEF sur le Web, devrait être davantage utilisé et publié comme un outil intéressant de discussion entre jeunes, à l’échelon international, sur des questions importantes. Il appartient aussi aux Etats de soutenir l’ensemble des médias pour enfants y compris l’internet : un soutien budgétaire devrait être accordé pour la production et la diffusion de sites internet, de livres, de magazines et de documents pour enfants, de musique, de pièces de théâtre et d’autres moyens d’expression artistique pour enfants, ainsi que de films et vidéos pour enfants. La coopération internationale pourrait aussi contribuer pour soutenir l’internet, les médias et les arts pour enfants.

Eduquer les professionnels de l’information, des medias et des nouvelles technologies de l’information dans le domaine des droits de l’enfant: que ce soit les écoles de journalisme mais aussi les responsables et développeurs de sites internet et les pourvoyeurs de services internet concernant les normes relatives aux droits de l’enfant, les procédures établies en matière de surveillance des droits de l’enfant, les institutions qui s’occupent d’enfants et qui existent sur les plans international, régional et national, ainsi que les aspects fondamentaux du développement de l’enfant. Le manuel d’enseignement des droits de l’homme que le Centre des Nations Unies pour les droits de l’homme a mis au point à l’intention des journalistes pourrait servir de référence. Ces professionnels doivent pouvoir également mettre en œuvre concrètement les articles 13 et 17 de la Convention en initiant des projets porteurs de participation des enfants.

Mettre en place une fonction d’observatoire et de surveillance qui veillera à la fois au respect des éléments éthiques et moraux mais aussi à la mise à disposition libre de l’information et de la participation des enfants et des jeunes. Dans le cas de la Tunisie, cette fonction pourrait être dévolue aux observatoires existants (jeunesse et/ou enfance).
En conclusion, Mesdames et Messieurs, je voudrais réitérer l’importance des contenus et de l’utilisation des technologies de l’information. Que les moyens soient effectivement donnés pour une participation effective des jeunes et des enfants. Que le vrai paradigme de la participation est un paradigme de co-opération. Entre le monde des adultes et le monde de nos enfants. Des études scientifiques –certaines conduites par l’UNICEF – ont par exemple montré qu’une atmosphère participative créée au sein de l’école avait des effets bénéfiques sur l’intégration sociale, sur l’absentéisme, sur l’apprentissage, sur la diminution des déviances et des comportements d’incivilité.

Faisons en sorte que les technologies de l’information servent au mieux la participation des jeunes dans les processus qui les concernent, y compris les plus défavorisés de nos jeunes.

Je vous remercie,

Tunis, le 14 Janvier 2005.