LES FEMMES SUR LA LIGNE DE FRONT DE L’ACTION CONTRE LE SIDA PARTOUT DANS LE MONDE

8 mars 2004

Entre 20% et 50% des filles dans le monde subissent la violence sexuelle

Première d’un film sur les femmes et le SIDA pour la Journée internationale de la femme

Genève, 8 mars 2004 – A travers le monde, entre un cinquième et la moitié de toutes les filles et les jeunes femmes déclarent que leur première expérience sexuelle a eu lieu sous la contrainte. Trop de femmes sont incapables de refuser des rapports sexuels ou d’insister sur l’usage d’un préservatif, car elles n’ont pas de pouvoir social et économique, selon le film « Women are », dont la première est diffusée aujourd’hui à Genève pour marquer la Journée internationale de la femme.

En dépit des difficultés auxquelles elles sont confrontées, les femmes sont sur la ligne de front de l’action contre le SIDA dans leurs communautés, en s’émancipant et en montrant la voie vers le changement.

Les femmes représentées dans « Women are » décrivent les épreuves auxquelles elles sont confrontées à cause de la menace croissante du SIDA, mais donnent aussi des exemples concrets de la manière dont elles ont réussi à surmonter ces obstacles et responsabilisé les femmes de leurs communautés pour le combat contre l’épidémie.
« L’appel à l’émancipation des femmes n’est pas nouveau, mais le SIDA le rend plus urgent, » a déclaré le Dr Musimbi Kanyoro, Secrétaire général, Association chrétienne des jeunes femmes (YWCA) mondiale, qui a coproduit le film avec le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).
« Le film, dont la première est diffusée aujourd’hui, fait apparaître non seulement les injustices et la discrimination profondément enracinées auxquelles les femmes sont confrontées, mais donne de l’espoir aux millions de femmes dans le monde qui se sentent déresponsabilisées et vulnérables. C’est un signal d’alarme, qui appelle les femmes à l’action pour endiguer le flot du SIDA. »

« Les femmes sont vulnérables au SIDA de manière disproportionnée et elles représentent la moitié des 40 millions de personnes vivant avec le VIH ou le SIDA autour du monde, » a déclaré le Dr Peter Piot, Directeur exécutif de l’ONUSIDA, à l’occasion de la Journée internationale de la femme. « Bien trop souvent, les femmes – et en particulier les jeunes filles – sont incapables de se protéger contre les rapports sexuels à risque car elles n’ont ni les informations ni la confiance en elles pour le faire. »

Cette vulnérabilité est due principalement aux connaissances inadéquates en matière de SIDA, à l’accès insuffisant aux services de prévention du VIH, à l’incapacité à négocier des rapports sexuels à moindre risque, et au manque de méthodes de prévention contrôlées par les femmes, telles que les microbicides. Les femmes sont aussi biologiquement plus vulnérables à l’infection ; on estime que la transmission homme/femme du VIH est deux fois plus probable que la transmission femme/homme.

Toutefois, s’attaquer aux inégalités qui touchent les femmes n’est pas simplement l’affaire des femmes. Les hommes doivent décréter une tolérance zéro pour ce qui est de la violence à l’égard des femmes, s’engager en faveur de l’éducation de leurs filles, et aider à alléger le fardeau des soins qui pèse sur les femmes.

Les femmes supportent une part disproportionnée du poids des soins du SIDA. Dans les ménages pauvres, la présence d’un malade du SIDA peut absorber un tiers du total des tâches, et la plupart de ces dernières sont accomplies par les femmes. Les effets en cascade de la chute brutale du revenu des ménages provoquée par le SIDA aboutissent souvent à retirer les enfants de l’école – et les filles sont les premières à partir. A travers l’Afrique, la participation formelle à l’école est sur le déclin.

Aussi longtemps que les femmes et les filles ne seront pas à même de bénéficier de l’éducation, des droits à la propriété, d’être libérées de la violence et de jouir d’une sécurité économique, les progrès sur le front du SIDA les ignoreront. « Des millions de femmes autour du monde étaient déjà confrontées à une vie de dur labeur, » a poursuivi le Dr Piot. « Le SIDA l’a transformée en un arrêt de mort. »

Des changements sont en cours pour s’attaquer à ces inégalités. Par exemple, l’élan mondial visant à l’éducation pour tous et la campagne de l’Organisation mondiale de la Santé et de l’ONUSIDA pour faire en sorte que trois millions de personnes dans le monde en développement aient accès au traitement du VIH d’ici à 2005 – et que la moitié soient des femmes. La YWCA a également renforcé ses efforts dans les communautés locales, offrant l’éducation sur le VIH/SIDA et la santé reproductive aux femmes et aux filles dans 62 pays du monde, ainsi que des programmes plus larges d’émancipation sociale et économique visant à réduire la vulnérabilité des femmes à l’infection.

Mais il faut en faire davantage, et plus rapidement. Ainsi, l’ONUSIDA a lancé récemment la Coalition mondiale sur les femmes et le SIDA, qui rassemble des militants, des représentants de gouvernement, des célébrités et des travailleurs communautaires, afin d’atténuer l’impact du SIDA sur les femmes.