Du banc des accusés au salon de coiffure

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Aymen, 17 ans, vient de tourner une page de sa vie et d’entamer une nouvelle. Il vient d’ouvrir, avec son oncle, un salon de coiffure. Il y a environ un an, il purgeait une peine de 4 mois dans le centre de rééducation pour enfants délinquants de Sidi El Hani à Sousse. Sa détermination et sa persévérance à se réinsérer ont payé.


«Ma vie a changé. Avant mon incarcération, je passais mes journées dans la rue. Une fois libre, j’ai suivi une formation en coiffure. Désormais, je dois faire mes preuves», lance Aymen, accoudé sur un des fauteuils encore emballés, dans le nouveau salon de coiffure. Issu d’une famille modeste, résident dans un quartier populaire de la Cité Rommania à la délégation de Kalâa Seghira à Sousse, il a été mis en détention en 2014 pour consommation de stupéfiants. «Je suis parti travailler en Libye pour 3 mois. Durant cette période, il s’est rebellé contre sa mère. Quand je suis revenu, je me suis rendu compte qu’il était devenu incontrôlable», nous confie Jalel, le père d’Aymen avant d’ajouter : «Aujourd’hui, il est sur la bonne voie. Je compte bien le soutenir et l’accompagner de très près».

 

Vers une sortie du tunnel

 

Durant son séjour au centre de rééducation, Aymen a été initié à l’apprentissage de la coiffure. Après sa libération, il a bénéficié du programme d’intégration professionnelle mis en œuvre avec Centre de Défense et d’Intégration Sociale (CDIS) de Sousse relevant du Ministère des Affaires Sociales. Un programme de réinsertion socioprofessionnelle des enfants en conflit avec la loi instauré dans le cadre du projet de soutien à l’amélioration du système de la justice pour les enfants en Tunisie mis en œuvre par l’UNICEF et financé par l’Union Européenne.

 

Pour Aymen, tout a commencé après des discussions avec les responsables du CDIS, assurant un suivi psychosocial des enfants libérés et une recommandation du directeur du centre de rééducation de Sidi El Hani. «Nous nous sommes assurés de sa capacité à s’intégrer dans un milieu professionnel. Ensuite, nous avons effectué une visite de son site de travail et de son potentiel de viabilité», affirme Mme Samia Mahjoub, chef du service d’intégration sociale au CDIS. Elle s’est également entretenue plusieurs fois avec sa famille. Idem pour M. Abdallah Herchi, directeur du centre de rééducation de Sidi El Hani.

 

Salutaire soutien familial

 

«Les familles sont essentielles dans le processus de réinsertion sociale et d’intégration professionnelle des enfants en conflit avec la loi. Rien ne peut se faire sans leur participation effective», assure M. Herchi. Après avoir suivi plusieurs ateliers et séances visant à renforcer ses capacités et son capital de confiance en soi, et ce avant et après sa libération, le CDIS de Sousse l’a inscrit dans une école de formation en coiffure. Un apprentissage qui a duré 7 mois. Une fois diplômé, une étude de projet a été effectuée avec Aymen et son oncle. Les services locaux du ministère des affaires sociales, toujours en coordination avec l’UNICEF, ont veillé à lui procurer des équipements et une somme couvrant les frais de location du salon de coiffure pendant 3 mois.
Aymen a désormais d’autres ambitions pour son projet d’avenir. «Dans 2 ans, je voudrais louer un salon plus spacieux et mieux situé. Et je projette de faire des économies afin d’acquérir plus d’équipement dans 6 mois», se réjouit-il. A l’instar d’Aymen, plus de 96 enfants, ayant eu un conflit avec la loi entre 2014 et 2015, ont bénéficié du programme d’intégration socioprofessionnelle entamé dans le cadre du projet de soutien à l’amélioration du système de la justice pour les enfants en Tunisie.