Allons-nous enfin être écoutées ?
Stopper la propagation du VIH/Sida et inverser la tendance actuelle comme se l’est assignée la communauté internationale parmi les objectifs du Millénaire pour le développement, ne semble pas facile à concrétiser. En effet, le lancement du rapport mondial «Point sur l’épidémie du sida-2004» lors d’une conférence de presse organisée par Onusida-Tunisie, hier à l’Atce, a été une occasion pour appréhender l’ampleur de la propagation du virus dans le monde.
Les statistiques sont révélatrices : avec plus de 30 millions de personnes décédées au cours des vingt dernières années et 40 millions de personnes vivantes actuellement avec le VIH, on atteint le plus haut niveau jamais enregistré depuis l’apparition de ce virus.
Plus de la moitié des malades sont des femmes
Par ailleurs, M. Jean-Michel Delmotte, président du groupe thématique Onusida-Tunisie, qui a décliné le thème de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le sida, à savoir : «Femmes, filles et VIH/Sida : allez-vous enfin m’écouter ?», a affirmé que «l’épidémie touche de plus en plus de femmes» et que «plus de la moitié des 37,2 millions d’adultes qui vivent avec le VIH/Sida sont des femmes».
D’ailleurs, le communiqué de presse intitulé «Sida : l’épidémie continue» confirme ses propos en affirmant haut et fort que «depuis 2002, le nombre des femmes contaminées a augmenté dans toutes les régions du monde». C’est l’Asie de l’Est qui a connu la plus forte hausse (56%), suivie de la région de l’Europe orientale et de l’Asie centrale (48%). Et même la Tunisie, où l’infection au VIH/Sida est peu active, les femmes représentent 50% des personnes infectées, toujours selon Onusida-Tunisie.
«Ce qui n’était pas le cas dans le monde il y a 15 ans», affirme M. Delmotte pour qui ce rattrapage provient du fait que «les femmes d’un point de vue médical sont trois fois plus sensibles au virus que les hommes et qu’elles sont donc trois fois plus sensibles à l’intromission et à la transmission du virus», a-t-il indiqué au cours de cette conférence de presse.
Taux élevé chez les jeunes
Donnant lecture à la cartographie de la maladie, M. Delmotte a souligné qu’en Afrique subsaharienne «76% des jeunes vivant avec le VIH/sida sont des filles». En effet, dans cette tranche d’âge, la maladie est beaucoup plus répandue étant donné que dans beaucoup de pays, les femmes ne jouissent pas encore des mêmes droits que l’homme, les femmes sont aussi victimes de violences physiques, sexuelles et domestiques, soit autant de facteurs favorisant la propagation du virus.
Le taux élevé de la prévalence de cette maladie chez les jeunes s’explique aussi par le fait que chaque jour, des millions de jeunes entrent dans le groupe cible des victimes potentielles de la maladie et que «tous ces jeunes n’ont pas accès aux services qui devraient exister en matière de prévention et de lutte contre cette maladie», a ajouté M. Delmotte.
Un arsenal approprié
Toutefois, même si la situation dans la région Maghreb-Moyen-Orient ne présente que des épidémies encore limitées, le virus avance de façon sensible, «ce qui constitue une occasion unique de les maîtriser en élargissant les efforts de prévention», estime M. Delmotte. En effet, 92.000 cas de plus ont été signalés en 2004, dans l’ensemble des pays du Moyen-Orient et du Maghreb par rapport à l’année 2003.
Cette augmentation s’explique entre autres par la situation qui prévaut dans certains pays comme le Soudan (le plus touché dans la région arabe) «pour des raisons qui tiennent à sa structure socioéconomique mais aussi aux problèmes d’urgences et au phénomène de mouvement de la population», explique le président du groupe. Cependant, pour la Tunisie, «la situation est stable, et on n’enregistre pas d’augmentation de cas de maladie, c’est dire que le système de santé en Tunisie est un système performant qui permet de déceler la plupart des cas des maladies qui apparaissent et que tous les programmes mis en place sont perspicaces et donnent accès aux soins gratuits», a indiqué M. Delmotte
En effet, depuis l’apparition du premier cas d’infection au VIH-Sida en Tunisie, une politique volontariste visant à contenir la propagation de ce fléau a été mise en place. Ainsi, un programme national de lutte contre le Sida/MST a été lancé et consolidé par la suite par la mise en place d’un comité national multidisciplinaire chargé du suivi de la situation épidémiologique dans le pays.
Le système de surveillance a, quant à lui, été conforté par la loi du 27 juillet 1992 relative aux maladies transmissibles et qui porte notamment sur l’obligation d’informer le patient du genre de maladie dont il est atteint, de l’obligation de déclarer aux autorités sanitaires les maladies diagnostiquées, les modalités de soins des personnes atteintes.
Prise en charge gratuite
Il est à noter d’ailleurs que la prise en charge médicale en Tunisie est assurée gratuitement pour toutes les personnes infectées par le VIH, et ce, par la fourniture de la trithérapie. «Et même si dans le monde 60% des malades atteints par le virus ont accès à cette génération de médicaments, 9 personnes sur 10 ne disposent pas toujours de ce genre de médicaments en Afrique subsaharienne», a cité comme exemple M. Delmotte. Cependant et malgré les initiatives et mesures d’ordre préventif et curatif prises en Tunisie, l’insuffisance de connaissances sur la maladie demeure à l’ordre du jour. En effet, «tous les phénomènes sociaux liés au déclenchement du sida existent en Tunisie. Tous les groupes à risque existent. C’est pourquoi nous avons mis en place, en collaboration avec les autorités, un réseau et des outils pour une meilleure connaissance quantitative et qualitative de la maladie afin que les groupes à haut risque soient prévenus de l’augmentation de la maladie», a indiqué M. Delmotte qui a aussi considéré que «l’arsenal mis en place en Tunisie est un arsenal approprié et que la société civile y participe activement».
Arborer le petit ruban rouge en signe de ralliement à la campagne de lutte contre le sida qui sera célébrée demain est assurément un engagement contre la stigmatisation des personnes atteintes et un élan de solidarité pour une meilleure prise en charge psychosociale des malades et leurs familles afin de redonner à tous le goût à la vie.
Chokri BEN NESSIR
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