Journée mondiale de lutte contre le sida
La Presse, mercredi 1 décembre 2004

 
 
 
 

Parce que la vulnérabilité féminine est plus grande.

La lutte contre le sida s’intéressera cette année à deux franges particulièrement vulnérables qui ne figuraient pas jusqu’ici parmi les cibles majoritaires de la campagne orchestrée chaque année par l’Onusida. Cette structure mondiale a pour but de sensibiliser les gouvernements et la société civile à une pandémie qui ne cesse de s’étendre et de faire des ravages parmi les populations les plus démunies de la planète. L’organisation a axé, cette année, les composantes de son programme autour du thème des femmes, des filles et du virus du sida, décidant de confier aux ONG la direction de la campagne, afin de mieux investir la société civile. Le choix du thème de la femme et de la jeune fille dans la campagne de cette année n’est pas fortuit.

En effet, la note explicative fournie par l’organisation aux différents gouvernements, pour organiser leur propre campagne, révèle au grand jour une véritable tragédie vécue par les femmes et les filles dont la vulnérabilité serait plus élevée face à l’infection. Il ressort, en effet, des études effectuées que les jeunes femmes et les filles sont deux fois plus susceptibles que les hommes d’être infectées par le VIH, et que dans certaines parties du monde, elles sont concernées par des taux d’infection allant jusqu’à six fois ceux de la population masculine.

Par ailleurs, selon les chiffres établis, 50% des personnes infectées en Afrique subsaharienne sont des femmes. L’impact est d’autant plus élevé qu’elles se trouvent particulièrement affectées par les conséquences sociales et économiques de l’épidémie et doivent prendre en charge une partie des soins apportés aux personnes malades dans leurs familles. Ces études ont également montré que les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes de contracter le VIH à l’occasion d’un seul et unique rapport sexuel non protégé. Or, elles continuent, dans la plupart des pays, à rester à la merci du bon vouloir des hommes pour se prémunir contre l’infection. Celles-ci sont, par conséquent, obligées de délaisser leur foyer et s’enfoncent dans la pauvreté, en raison du lourd budget des soins qui doivent être prodigués. Ce qui les conduit ainsi à une situation critique qui a pour effet d’intensifier, ainsi, leur vulnérabilité.

Informer pour limiter les risques d’exposition

Le rapport met l’accent, par ailleurs, sur le fait que dans les pays à forte prévalence, le nombre de filles inscrites à l’école a baissé au cours de la dernière décennie. Les filles sont poussées les premières, hors de l’école pour subvenir aux dépenses relatives aux soins à apporter aux membres de leur famille frappés par la maladie. Elles renoncent ainsi à leurs études, réduisant à néant leurs chances de s’intégrer un jour dans la vie économique de leurs pays et de voir, par conséquent, leurs conditions s’améliorer. En plus d’un accès insuffisant aux services de soins de santé de base et d’une inaptitude à négocier l’adoption de la sexualité à moindre risque, le manque d’information porterait préjudice aux femmes et aux jeunes filles vulnérables qui s’exposeraient involontairement à la maladie. Dans certaines régions les plus touchées par l’épidémie, plus de la moitié des filles de 15 à 19 ans n’ont jamais entendu parler du sida ou ont une idée fausse concernant les modes de transmission du virus.

Une coalition mondiale sur les femmes et le sida regroupant de nombreux partenaires dont des militants de la lutte contre la maladie, des personnages célèbres, des ONG… a été constituée et lancée le 2 février 2004 pour soutenir des actions de lutte contre le virus et conduire des programmes et des projets en vue d’améliorer le quotidien des femmes et des jeunes filles atteintes du VIH.

Cette coalition a déjà défini ses objectifs pour la campagne de lutte contre le sida 2004. Le mouvement international contribuera à établir le profil socioéconomique des femmes atteintes du sida ainsi que leur niveau de pauvreté, leur âge et leur situation familiale dans les régions les plus touchées par l’épidémie. Et cela afin de définir et d’adapter les actions à entreprendre en vue d’atténuer l’impact de la maladie. Elle projette également d’élaborer des messages qui seront diffusés à l’échelle locale, afin de modifier les perceptions rétrogrades et négatives véhiculées sur le rôle des femmes et des jeunes filles au sein de la société, renforçant la discrimination entre les hommes et les femmes dans plusieurs domaines, notamment celui de l’accès aux soins de santé de base. Les médias seront largement mis à contribution pour exposer sous le feu des projecteurs les risques liés à l’exposition au virus et les graves conséquences socioéconomiques découlant de la propagation de l’épidémie dans certaines régions du monde.

A l’échelle nationale, une commission a été constituée, présidée par le ministre de la Santé publique, afin de lancer des actions ciblant les jeunes, notamment dans le but d’enraciner chez eux un comportement responsable, et ce, par le biais de messages de sensibilisation diffusés régulièrement. Le programme de cette année élaboré à l’occasion de la journée mondiale du sida, comporte plusieurs activités, dont l’organisation d’un séminaire sur le sida et sur le rôle joué par la femme dans la prévention de la maladie, ainsi que l’organisation de journées d’information et de sensibilisation au profit des jeunes sous forme de concours et d’ateliers.

I. HAOUARI


 

 
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