Note de présentation du Colloque international  :
"Pour une école du dialogue et du respect"


14-16 avril 2005

 
 
 
 

Sur la prévention des violences, des incivilités et de l’agressivité en milieu scolaire.

La problématique des comportements scolaires déviants, dans l’école, fait aujourd’hui l’objet d’une réflexion à la fois délicate et essentielle.

Délicate parce qu’elle ne fait pas partie des débats que l’on appréhende facilement dans la mesure qu’il s’agit d’exposer la face sensible d’une démarche, d’une organisation, d’un système. Le sujet peut être, en effet, douloureux pour tous les acteurs chargés du développement d’un système. Il s’agit donc quelque part de s’attaquer à ses faiblesses, de porter un regard lucide et forcément critique sur certains dysfonctionnements

Mais cette démarche est essentielle parce qu’elle va souvent de pair avec la construction d’un système scolaire plus performant, plus efficient et à « visage humain ».

De plus, le sujet de la violence – et, plus largement, des agressivités - en milieu scolaire est un problème souvent assez compliqué, et parfois très complexe. On doit comprendre, analyser l’école en tant que structure, tout comme on doit comprendre le point de vue des acteurs (les élèves bien sûr, mais également les enseignants et les parents).

Ainsi, au vu de certaines situations il est parfois difficile de faire la « part des choses ». Parfois même, on ne peut répondre avec certitude à cette simple question : qui est responsable du problème? Pour dire les choses autrement, il faut d’abord se convaincre que les incivilités (et parfois même la violence) à l’école constituent, le plus souvent, un « problème partagé ». En cela il serait réducteur - pour ne pas dire simpliste - de ne mettre en évidence que tel ou tel protagoniste d’une situation conflictuelle. Les explications et donc les réponses sont le plus souvent plurielles.

Il en est donc ainsi en Tunisie comme dans nombre de pays qui se sont engagés dans la voie d’un système éducatif plus performant.

En articulation avec ces problèmes, le souci de l’UNICEF de développer une démarche visant à réduire les tensions, l’agressivité à l’école (dans un cadre plus global d’éducation à la Paix) a semblé un point d’appui intéressant pour engager une réflexion et des actions autour de ce phénomène à multiples facettes. Ainsi, le projet « Stop violence ? Start in schools ! » (mis en œuvre par les bureaux de pays de l’UNICEF dans sept pays de la région MENA – Afrique du Nord et Moyen-Orient sur ce thème) est apparu comme une opportunité qu’il eut été dommage de laisser échapper.

Cette opportunité est apparu d’autant plus intéressante que le Ministère de l’Education et de la Formation tunisien s’est engagé, lors la rentée scolaire 2003, dans une double démarche :

  • entreprendre une étude nationale sur la question de la violence et des incivilités en milieu scolaire afin d’avoir les éléments d’une bonne compréhension du phénomène. Cette étude a été entreprise par le Centre National d’innovation Pédagogique et de Recherches en Education (CNIPRE) ;
  • lancer un programme expérimental touchant 39 écoles ou établissements scolaires, majoritairement sur le Grand Tunis (Ce programme a été élargi, au cours de l’année 2004, à 55 établissements). Pour l’essentiel, cette nouvelle stratégie a cherché à répondre aux dysfonctionnements, pédagogiques, organisationnels et parfois structurels, que connaissent des établissements scolaires et à engager avec eux une réflexion plus qualitative sur la gestion des comportements des élèves. Il s’est agi, selon, les cas d’améliorer l’encadrement des élèves (plus de surveillants), de faciliter le travail des chefs d’établissement (nomination d’un adjoint) et parfois d’intervenir sur les bâtiments pour rendre ces derniers plus fonctionnels ou plus agréables

Par ailleurs et pour compléter le dispositif mis en place dans le cadre du projet d’ensemble « l’école de demain », le Ministère de l’Education et de la Formation a adopté en 2004 une nouveau texte (décret) régissant la vie scolaire qui représente une avancée significative vers une école plus à l’écoute des élèves et plus ouverte au partenariat.

Sur la mise en place du colloque international.

Il a donc semblé judicieux et opportun qu’une démarche conjointe du MEF tunisien et de l’UNICEF aboutisse à un temps de formulation des différentes réflexions relatives à ces situations. Ainsi est né le principe de ce colloque qui doit répondre à trois enjeux

Tout d’abord, il faut comprendre ce qui se passe réellement et objectivement en terme de violence, d’incivilité et d’agressivité dans ou vers l’école.

A ce niveau un « état des lieux » s’impose et cela d’autant plus que les autorités dans différents pays disposent de données qu’il convenait d’analyser de manière contextualisée mais également de problématiser.

Nous livrons ici quelques questions qu’il convient d’aborder :

  • les établissements « violents » (approche à définir et à cerner clairement) sont-ils les établissements relevant des zones les plus défavorisées socialement et économiquement parlant (chômage, analphabétisme, immigration, alcoolisme etc…) ?
  • sont-ils le reflet des difficultés scolaires, de l’échec et du sentiment « d’exclusion »?
  • sont-ils le reflet d’une sélection scolaire (trop) rigide ?
  • sont-ils le reflet de dysfonctionnements dans la vie scolaire ? Dans la gestion de l’autorité ? Dans la communication interne de l’établissement ou de la classe?
  • sont-ils la conséquence d’une mythique « démission parentale » ?

Ensuite, complémentairement, il apparaît opportun de mettre en lumière les éléments de réponse mis en œuvre face à ces situations. En quelque sorte, il convient d’analyser ces démarches pour mieux comprendre les modalités d’une professionnalisation sur ces questions..

Il convient donc à travers le colloque de préciser des éléments de réponse face aux problèmes repérés. Les actions soutenues en Tunisie (par le biais du soutien de l’UNICEF notamment ou par des appuis institutionnels du MEF) constituent ainsi des repères pédagogiques qui pourraient servir de tremplin : montrer qu’en matière de violence ou d’incivilité à l’école, il est nécessaire et surtout possible de réagir et donc d’inverser certaines tendances négatives.

Plusieurs pistes méritent réflexions et analyses :

  • l’éducation à la citoyenneté ;
  • les partenariats éducatifs (parents, travailleurs sociaux, collaborations inter institutions,…) ;
  • la participation des élèves ;
  • l’animation culturelle et sportive ;
  • le développement d’une vie scolaire.

Enfin, il convient de poser de nouveaux jalons institutionnels.

In fine, le programme du colloque doit favoriser, dans une logique de capitalisation des actions et des réflexions en cours, la définition de nouveaux axes de travail susceptibles d’être intégrés, à court ou moyen termes, dans des stratégies éducatives complémentaires (projets d’établissement, programmes régionaux, observatoires, recherches,…).

Dans cette perspective, les organisateurs du colloque ont donc choisi de développer celui-ci en trois temps – et donc 3 journées – qui pour chacun d’entre eux doit permettre d’éclairer chacun de ces trois enjeux mais bine sûr en les reliant. Il va de soi en effet, et pour ne prendre qu’un exemple, qu’il ne saurait y avoir de réponses pertinentes sans une bonne analyse des situations.

 
Patrick Bouveau, Expert Consultant pour l’UNICEF – Tunis.
 
 
   
 
 
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