Histoires vécues

Faire des enfants vulnérables en Tunisie, une priorité

Par Najwa Mekki

TUNIS, 9 Février 2011 – Il prétend avoir 16 ans, mais il en paraît 14. Je l’ai rencontré au marché aux poissons dans le centre de Tunis, un jour de semaine, à un moment où il aurait dû être à l’école.

Hamza a quitté l’école il ya deux ans. Il dit que le directeur de l’école l’a expulsé, sans raison valable.

En Tunisie, selon des données récentes, 98 pour cent des enfants en âge d’être scolarisés vont à l’école. Des milliers d’entre eux, cependant, abandonnent chaque année, bien que l’enseignement soit obligatoire de 6 à 16 ans. En 2009, environ 69.000 enfants ont quitté l’école.

Hamza vit à Sidi Hcine, un quartier populaire dans la banlieue de Tunis. Il est le cadet d’une famille de trois .enfants. Son frère aîné a 17 ans et fréquente une école privée. Sa jeune sœur âgée de 7 ans a commencé l’école cette année.

Hamza contribue à payer leurs études.

Ses deux parents ont un emploi. Son père travaille de nuit à la municipalité. Sa mère est employée de maison.

Pendant le soulèvement populaire qu’a connu le pays, ce que beaucoup appellent « la révolution des Jasmins » – un terme non apprécié par la plupart des Tunisiens-, personne n’a pu aller au travail. L’instauration du couvre-feu, le manque de sécurité et la non disponibilité de moyens de transport signifient qu’ils sont restés chez eux pendant des jours.

Mais maintenant que la vie a repris petit à petit à Tunis, les choses semblent aller mieux.

Durant les jours fastes, Hamza ramène à la maison 10 dinars tunisiens (Etats-Unis 7 $) fruit d’un dur labeur au marché aux poissons, de nettoyage, et de livraison de courses. De cette somme, il garde très peu pour lui.

« Je voudrais m’inscrire à un cours de formation professionnelle, nous dit-il. « Je pourrai continuer à travailler au marché les jours de congé pour me faire un peu d’argent. Mais je voudrais vraiment apprendre un métier.  »

Jusqu’à ce que Hamza ait vraiment 16 ans, l’âge minimum légal pour travailler, il ne sera pas en mesure de réaliser son vœu. Le directeur de son ancienne école ne lui donnera pas le certificat d’études nécessaires pour s’inscrire aux cours de formation professionnelle.

Selon Mehyar Hamadi, le Délégué à la Protection de l’Enfance du gouvernorat de l’Ariana situé dans la Région du Grand Tunis, les enfants qui ont quitté l’école avant l’âge de 16 ans et qui ne peuvent ou ne veulent pas reprendre leurs études, vivent le plus souvent dans la marginalité et l’exclusion.

Certains fréquentent des centres d’intégration et de défense sociales, plus communément connus sous le nom de CIDIS où ils peuvent acquérir certaines connaissances de base, participer à des activités culturelles, ou apprendre à utiliser un ordinateur.

La plupart, cependant, préfèrent travailler, et sont obligés de cacher leur âge pour être en mesure de le faire.

En plus de 10 ans de travail auprès des enfants vulnérables, Mehyar s’est familiarisé avec la façon dont la pauvreté, la discrimination, les abus et l’injustice touchent les enfants. En 2010, ses services ont traité 374 demandes d’assistance.

«L’argent, ou plutôt son absence – est le plus souvent la cause du problème, dit-il. «La pauvreté, en particulier lorsqu’elle est combinée avec le manque d’éducation ou d’instruction est un terrain fertile pour la violence, l’exploitation, les privations, l’abandon et toutes sortes d’abus contre les enfants. »

Il est difficile de dire combien d’enfants sont dans des situations semblables à celle de Hamza ou d’autres décrites par Mehyar. Les statistiques ont longtemps été un problème délicat et sujet de censure en Tunisie. Les gens ne font que commencer à réaliser l’ampleur des inégalités dans le pays.

Pourtant, les chiffres sont des éléments clés dans toute budgétisation. L’UNICEF voit dans les récents évènements en Tunisie l’opportunité de mettre davantage l’accent sur les problèmes des enfants. Les travaux en cours sur des questions aussi sensibles que le travail des enfants et des enfants vivant et travaillant dans les rues bénéficieront d’une attention renouvelée, particulièrement dans le domaine de la collecte des données.

http://www.unicef.org/arabic/

http://www.unicef.org/infobycountry/Tunisia_57693.html